«Les politiques aujourd'hui en France ne sont pas à la hauteur des défis du vieillissement. Le Maître de conférence reproche aux pouvoirs publics de ne pas savoir anticiper ce phénomène inéluctable en s'appuyant sur le travail de recherche universitaire »
Que les jeunes universitaires puissent reprocher, aux pouvoirs publics, de ne pas savoir anticiper le phénomène du vieillissement, me semble « humain », mais je souhaiterais apporter un « bémol ».
Les femmes et les hommes politiques ne sont pas comme les girouettes réagissant immédiatement aux vents dominants. Les décisions qu’ils prennent, les actions qu’ils mènent, ne sont pas « évolutives » par le fait d’une baguette magique non plus.
Nous savons tous combien nous sommes attachés à nos certitudes, à nos habitudes, ce qui nous empêchent, souvent, d’« évoluer » rapidement.
Nous devons tenir compte que les politiques d’aujourd’hui sont les résultats des enseignements et des environnements que nous (les vieux d’avant ou de l’immédiat après Seconde guerre) avons offerts à nos enfants, la génération de notre Maître de conférence, la génération des femmes et des hommes politiques d’aujourd’hui.
Nous devons « tous » travailler, pour une participation du plus grand nombre, car chacun et tous devons pouvoir exercer nos responsabilités, nourrir nos espérances de vie personnelle et collective.
Cela nécessite d’abord un programme susceptible d’élever chacun aux capacités d’apprendre, pour comprendre, afin d’entreprendre et d’acquérir les moyens de critiquer et faire évoluer les résultats. La place et le rôle des universitaires et chercheurs, sont essentiels.
Dans mon texte de présentation comme « témoin » de l’atelier 8, j’ai écrit :
La société est construite par les aînés. Il leur serait mal venu, parce que l’Insee et autres organismes les placent dans les « inactifs » de se soustraire à leurs responsabilités, de vouloir ignorer les conséquences de leurs décisions prises durant les décennies passées.
Je nous trouve particulièrement bien placés pour réfléchir à nos réussites, à nos échecs.
Je nous trouve particulièrement bien placés pour penser les décennies prochaines alors que nos enfants sont, pour parler en image « le nez dans le guidon » parce que vivre aujourd’hui, dans la société que nous leur confions, n’est pas toujours facile.
C’est pourquoi, chercheurs et universitaires ont besoin d’interroger et de faire participer leurs aînés à l’élaboration d’une vraie politique du vieillissement.
Les défis du vieillissement commencent à apparaître dans leurs vraies grandeurs depuis seulement quelques années.
C’est à un point tel que peu de personnes, en franchissant la « barrière » de l’entrée en situation de retraite, prend vraiment conscience des défis à relever du fait de l’allongement de la vie après soixante ans.
Nous devrions passer de 200 millions en 1950 à 2 milliards en 2050 (Chiffres BIT) Actuellement, 90 pour cent des travailleurs à travers le monde ne sont couverts par aucun régime de retraite capable de leur assurer une pension adéquate. Le ratio des retraités, par rapport à la population active, a augmenté et cette hausse du taux de dépendance devrait se poursuivre.
Nous pourrions continuer, vous le savez tous.
L’âge, le temps, la santé, les conditions financières et d’environnement, les richesses des expériences de la carrière professionnelle, l’impact du nombre des plus de soixante ans sur le reste de la population, le poids électoral de ceux-ci, la vie du couple inséparable « retraite et vieillissement »…, d’autres encore, sont autant de défis à relever le plus rapidement possible. De notre volonté à les relever dépendra, en partie, la fin de vie de chacun de nos descendants.
Il ne s’agit plus de faire que nos vieux « soient bien », il faut qu’ils demeurent responsables et en capacités de choisir de continuer de « vivre et de vieillir » avec leurs jeunes et au milieu de nos environnements communs.
Ceux qui décident en oublient, trop souvent même, qu’ils sont en état de sénescence (ceci pour copier amicalement Geneviève Laroque) . Ils devraient s’imaginer avec quarante ou cinquante ans de plus. Comment ? où ? avec qui ?…, envisageraient-ils de vivre ?
Dans cette société « toujours en développement » (c’est le toujours plus), les pouvoirs publics essaient de répondre aux besoins de gestion, alors qu’il faudrait penser gouvernance[1]
Les pouvoirs publics invitent peu de personnes « vivant » leur vieillissement à participer aux travaux de prospectives. Parallèlement, pas assez de personnes s’inscrivent dans la société civile pour un vrai travail de réflexion sur les problèmes d’allongement de la vie en vieillissement. L’éducation, la formation, doivent y être pour quelque chose.
Donner aux travailleurs âgés la possibilité de rester actifs plus longtemps s'ils le souhaitent ; prévenir la discrimination dans l'emploi, en accordant une attention particulière aux travailleuses âgées ; des politiques de formation et de reconversion des travailleurs âgés ; exploiter les possibilités offertes par les technologies de l'information et de la communication (TIC) ; préserver l'équilibre financier des systèmes de transferts sociaux en répartissant de manière équitable entre les actifs et les inactifs la charge financière constituée par le vieillissement ; améliorer les conditions et le milieu de travail afin de réduire les risques d'invalidité à long terme et d'assurer aux personnes âgées une retraite décente, en bonne santé…, et d’autres, autant de défis dus au vieillissement, à relever.
> La vitalité de nos sociétés dépend de plus en plus de la participation active des personnes âgées. Il est donc essentiel de promouvoir une culture qui valorise l'expérience et les connaissances qu'elles possèdent. L'objectif global est de mettre en place des conditions sociales et économiques, culturelles qui permettent aux personnes de tous âges de rester pleinement intégrées à la société, de décider librement de la place qu'elles veulent y occuper et de pouvoir ainsi s'épanouir.
C’est en me posant la question de savoir comment ? avec qui ? à quoi ? où ?…, j’allais vivre les vingt, trente ans et plus en situation de retraité, qu’il m’a semblé indispensable d’élaboré mon projet de vie. Et c’est aujourd’hui, après dix années, que je me rends compte combien c’est essentiel.
On ne peut plus « s’occuper » lorsque l’on est face à vingt, trente ans et plus, de vie offerte.
On ne peut plus seulement « s’occuper » tant que la paix n’est pas partout, lorsque la faim, la violence, l’atteinte à la dignité existent, lorsque la maladie, la souffrance demeurent.
De mes travaux je constate, pourtant, combien d’énergie, de bonnes volontés, d’argent ont été dépensés pour des résultats dont nous ne pouvons pas être complètement fiers. C’est dommage.
C’est pourquoi il m’intéresse beaucoup de travailler avec les universitaires, les chercheurs, d’autres retraités, afin de mettre en place un réel apprentissage à la retraite.
Un temps où nous visitons nos acquis, nos manques, nos envies, nos besoins, nos plaisirs, nos espoirs…, afin de les transformer en « outils » utilisables avec nos petits-enfants (pour nos enfants il est déjà trop tard) dans les décennies prochaines, les années 2030 – 2050 voire 2100…, c’est demain.
Ce qui m’avait un peu chagriné, dans la présentation du Symposium 2008, c’était (me semble t-il) l’appropriation par les chercheurs, jeunes surtout, de ce problème de « L’âge et le pouvoir en question. Vieillir et décider dans la cité »
Il me semble que, dans la recherche scientifique, l’expérience des vieux peut nourrir la réflexion des jeunes. Car nous sommes nombreux à savoir accepter la « sénescence » comme un élément naturel de la vie et à souhaiter qu’elle dure le plus longtemps possible sans que nous soyons privés de nos capacités d’autonomie.
Que le professeur Jean-Philippe Viriot-Durandal déclare la société pas assez « flexible », je peux l’entendre, même si le sens du terme est à expliquer.
Je suis septique quant à « un mouvement favorable à la prise en charge de la dépendance dans les politiques publiques du fait de la pression organisée par les anciens »
Les « vieilles » populations retraitées gouvernaient les dépendances. La famille s’organisait, le plus souvent, pour palier aux handicaps. La société n’intervenait qu’en dernier recours.
Les jeunes populations retraitées ont vécu avec un certain confort général de vie, produit des progrès de nos sociétés. Ils attendent davantage des pouvoirs publics, mais aussi des entreprises privées de prévoyance (pour les plus aisés), auxquels ils ont « versé » une part de leurs revenus afin de prévenir des aléas de leur vie en vieillissement.
« La pression des anciens » qui n'est due qu’à l’augmentation de leur nombre, ce n’est pas sain. C’est ingérable humainement car chaque personne doit demeurer unique dans ses aspirations.
Les plus jeunes vont devoir, sans doute, conséquences de l’une de mes observations précédentes, prévoir plus tôt leur vieillissement et, sans doute, s’ils veulent compter sur les pouvoirs publics, faire en sorte d’établir, avec eux, un vrai partenariat d’échanges en réciprocité dans un pari pour l’avenir.
J’intervenais dernièrement sur l’une de mes idées : « la retraite de 80 à 120 ans, il n’est pas question de seulement s’occuper » Je voulais faire comprendre l’une des situations « envisageable » si les évolutions de nos environnement continuent au rythme des dernières décennies. Je voulais dire combien les générations prochaines vont vivre de changements, avec des contraintes vraisemblablement, plus essentielles que celles d’aujourd’hui.
Nos cadres de réflexions doivent s’ouvrir sur des « possibles » à la limite de l’imaginable d’aujourd’hui.
Nous ne pourrons plus, nous ne devrions plus, nous réclamer d’un « droit à la retraite » tel que celui acquis par nos pères qui travaillaient dans des conditions beaucoup plus pénibles, plus longtemps et … qui mouraient, souvent, bien avant leurs soixante cinq ans.(pour faire court encore)
Après Rouen, je ressens encore plus le besoin de travailler sur « un réel apprentissage pour un vrai projet de retraite », un vrai projet de vie en vieillissement. Je défends le couple « retraite et vieillissement » que j’ai présenté comme indissociable, lors du dernier Forum Mondial des Droits de l’Homme, à Nantes.
Les quelques échanges que j’aie eus à Rouen, ont renforcé ma volonté à travailler pour un « vrai apprentissage » dans une nouvelle carrière de retraité, à partir d’une meilleure « connaissance de la santé », dans une approche moderne de « comment apprendre aujourd’hui » lorsque l’on a soixante ans et avec la disposition des NTIC, sur l’élaboration «d’un réel projet de vie personnel et collectif », enfin sur l’importance de comprendre et de maîtriser son vieillissement.
Autre point :
« Il faut s’attendre à ce que la population en retraite qui a du temps, de l’argent, des connaissances… » me semble manquer de beaucoup de réalisme.
Le temps libéré, dont dispose le retraité, n’est que celui des 35 heures hebdomadaires. (pour faire rapide). Ce n’est que 50 % de plus que le temps dont chacun dispose normalement durant sa carrière professionnelle. Si le retraité n’a pas « utilisé » son temps libre durant celle-ci, ajouter des heures ne va sans doute pas apporter une richesse de vie supplémentaire. C’est mon sentiment. C’est pourquoi j’apporte tant d’attention à faire qu’un projet de retraite soit la continuation de la vie en activité ( familiale, professionnelle, politique, associative…), à laquelle s’ajoutent 35 heures, ou partie de celles-ci, transformées en projet de vie personnel et collectif.
C’est là où nous avons à travailler, nous les vieux et les chercheurs.
Entrer en situation de retraite c’est entamer vingt, trente ans et plus de vie. C’est un quart ou un tiers de vie, un tiers ou un quart de siècle. Ce n’est pas rien… surtout si nous avons à les vivre mal !
Les trente, cinquante ans d’aujourd’hui, ne peuvent pas « poser » sur le dos de nos (femmes et hommes) politiques, comme aussi sur les pouvoirs publics, ce que nous, les plus de soixante ans, n‘avons pas eu le courage ou la volonté, d’imposer à ceux qui nous ont gouvernés. Ce sont « nos » politiques qui, dans le dernier demi-siècle, avaient à penser aux situations actuelles.
Pour répondre à Monsieur Jean Yves Yvenat, Directeur de la Cram Normandie : donnons-nous les moyens, que nous soyons universitaires, chercheurs, jeunes, aînés, organismes spécialisés…, afin de penser au vieillissement de nos descendants pour les décennies prochaines.
Ces moyens commencent avant de quitter le monde du travail. Car l’entrée en situation de retraite est bien endommagée après dix ou quinze années de « placard » ou de mauvaises conditions de travail, après des années d’incertitudes, de non-considération, de petits boulots ou de périodes de chômage répétées.
C’est une suite pour la rencontre fort sympathique et enrichissante de Rouen 2008-10-18
Merci de votre attention.
et, bien entendu, je demeure toujours très attentif à l'échange pour construire cette société que nous allons laisser à nos descendants ! ! !
Pierre Caro
Recherche : Retraite et vieillissement.
44530 Saint Gildas des Bois mercredi 29 octobre 2008 | |