En Chine, le retour de mesures protectionnistes provoque de vives réactions au sein de la Chambre de commerce européenne.
« Plus que jamais, des réformes fondamentales pour améliorer l’ouverture à l’international sont nécessaires », martèle la Chambre de commerce européenne en Chine dans son rapport annuel publié le mois dernier. Le ton du document peut surprendre lorsque l’on connaît la politique d’ouverture économique du géant asiatique depuis son adhésion à l’OMC (Organisation mondiale du commerce). Mais si le rapport se montre aussi insistant sur ce point, c’est parce que les dirigeants chinois ont récemment révélé des signes de repli, un retour protectionniste qui vient contredire la dynamique de rapprochement avec les partenaires étrangers. « Plusieurs secteurs d’activités se plaignent d’une augmentation des restrictions à l’égard des investissements étrangers au cours des douze derniers mois », s’inquiète Jacques de Boisséson, vice-président de la Chambre européenne en Chine. « Ce contexte alourdit les tensions entre les différents partenaires économiques à une période où ceux-ci devraient justement pouvoir s’épauler davantage. » La Chambre de commerce européenne en Chine a présenté une liste de doléances des entreprises de l’Union implantées sur le sol du géant asiatique. La plupart d’entre elles reconnaissent avoir bénéficié de certains assouplissements de la législation chinoise, mais dénoncent l’existence de plusieurs mesures qui freinent des quatre fers leur essor sur le marché local. Les systèmes de quotas et l’imposition par la Chine de partenaires locaux figurent au sommet de la liste. Depuis fin 2008, près de 450 millions d’euros ont été mobilisés pour revigorer le tissu économique. Une initiative qui devait profiter à de nombreux industriels, tant chinois qu’occidentaux. En mai dernier, la Chambre avait déjà pointé du doigt « le protectionnisme latent observé dans le cadre du plan de relance chinois », notamment dans le domaine des énergies renouvelables. Jacques de Boisséson note que « les principaux leaders de la fabrication d’éoliennes ont été systématiquement écartés de tous les projets nationaux initiés depuis l’an passé. » Un compromis avait pourtant été trouvé, autorisant les usines occidentales à s’installer sur le sol chinois à condition qu’elles s’approvisionnent localement. « Les concessions ne fonctionnent visiblement pas dans les deux sens », regrette le vice-président. Le dernier contrat obtenu par une entreprise étrangère dans le domaine éolien date de 2005. Même constat dans le secteur automobile. La Chambre déplore que les industriels chinois puissent acheter des sociétés européennes, mais que les étrangers soient systématiquement contraints à la coentreprise avec un partenaire chinois. Après une période où la Chine montrait des signes d’ouverture, celle-ci change donc, peu à peu, son fusil d’épaule. « Ce n’est pourtant pas dans son intérêt », souligne Jacques de Boisséson. « L’Union européenne est encore plus importante pour la Chine que l’inverse. » Les exportations européennes vers le géant asiatique ne représentent que 0,7 % du PIB de l’Union, quand les exportations de produits « Made in China » vers le Vieux Continent atteignent 7 % du PIB chinois. Pas moins de 40 % des transferts de technologies introduits en Chine proviennent de l’Union européenne. En 2008, 20 % des exportations chinoises concernaient l’Europe, contre 17 % pour les États-Unis. Les performances du pays asiatique sont directement liées à la richesse crée par l’Union européenne. Une perte de 1 % de PIB européen fait chuter les exportations chinoises de 11,5 % ! Pour le vice-président de la Chambre européenne, « la crise actuelle se présente comme une opportunité pour redéfinir et clarifier les volontés de la Chine et construire un environnement d’affaires plus transparent de sorte que toutes les entreprises, nationales ou étrangères, puissent être logées à la même enseigne. » Au cours des trois dernières décennies, l’expérience a prouvé que « c’est justement en temps de crise que les politiques d’ouverture sont les plus réussies. Nous sommes convaincus que c’est le moment idéal pour la Chine d’aborder un nouveau cycle de réforme », insiste-t-il. Le rapport explique également que la Chine doit définir sa notion d’intérêt national et les règles du jeu en matière d’obtention de données statistiques économiques. samedi 7 novembre 2009 | |