>>Réflexions sur les conséquences de la refonte des >>dispositions consacrées à l’établissement du rapport >>de >>situation comparée entre les hommes et les femmes >>proposée par le Rapport Grésy
>>Par Nadine REGNIER ROUET, Avocat spécialisé en droit >>social
>>Au moment où va s’engager la concertation entre les >>partenaires sociaux sur l’égalité de traitement >>entre >>les hommes et les femmes dans l’entreprise et les >>moyens à mettre en œuvre pour aboutir à une telle >>égalité, si possible à fin 2010 (selon le souhait du >>Ministre du Travail, Monsieur Xavier Darcos) et >>après >>la remise du Rapport de Madame Brigitte Grésy qui >>propose d’instaurer des quotas de femmes dans les >>centres de direction des entreprises mais aussi dans >>les organisations syndicales et les IRP, mesure de >>loin >>la plus critiquée de part et d’autre, il est bon de >>s’interroger sur les conséquences prévisibles des >>autres mesures proposées, notamment concernant >>l’établissement du rapport de situation comparée >>entre >>les hommes et les femmes.
>>Pour un praticien du droit social, confronté à des >>dossiers contentieux mettant en œuvre le principe >>d’égalité professionnelle entre les hommes et les >>femmes, l’apport des mesures préconisées par le >>Rapport >>Grésy sera considérable.
>>Il permettra sans aucun doute une meilleure >>administration de la preuve, raison principale pour >>laquelle il y a actuellement si peu de contentieux. >>Mais il aura d’autres effets qui modifieront en >>profondeur les pratiques des directions des >>ressources >>humaines.
>>Les grandes lignes des propositions du Rapport sont, >>à >>cet égard, les suivantes :
>>- obliger les entreprises à respecter les exigences >>légales (établir le rapport de situation comparée >>des >>hommes et des femmes, ainsi que, le cas échéant, la >>négociation) en sanctionnant le manquement >>d’établissement du rapport par une amende
>>- imposer dans le rapport de situation comparée des >>hommes et des femmes l’utilisation de repères >>économiques légaux : ainsi, on aboutira à >>uniformiser >>et rationaliser l’information, à la rendre plus >>visible, plus simple, plus utile et donc utilisable >>par >>les femmes dans les recours contentieux ou dans >>leurs >>revendications au sein de leur entreprise
>>- obliger les entreprises à s’engager sur >>l’évolution >>positive des repères chiffrés choisis : ceci >>correspond, pour les entreprises, à un engagement à >>mettre réellement en pratique des mesures favorables >>aux femmes et à obtenir des résultats positifs
>>- permettre un suivi sur la durée, donc une >>évaluation >>en quantité, en qualité et dans le temps des effets >>des >>mesures
>>- promouvoir une visibilité positive ou négative >>simple >>et objective des entreprises sur le thème du >>traitement >>fait aux femmes : par delà un label « égalité » >>fondé >>sur des affirmations, il sera possible de constater >>dans les faits la position réelle des entreprises.
>>On obtient donc, sur la durée, un cercle vertueux >>imposé aux entreprises, par la conjonction de quatre >>effets.
>>Premier effet : >>Les organisations syndicales, qui pour l’instant ne >>se >>passionnent pas pour une question où elles n’ont pas >>trouvé beaucoup de « grain à moudre », utiliseront >>plus >>et mieux le sujet du rapport sur la situation >>comparée >>des hommes et des femmes dans sa nouvelle version, >>en >>ce qu’il leur donnera plus facilement la possibilité >>de >>mettre en avant avec lisibilité le résultat de leur >>action.
>>Il faut donc s’attendre à un changement de >>comportement >>des organisations syndicales sur ce sujet et sur la >>négociation qui pourra en découler, en termes de >>véhémence et d’exigence. Les directions des >>ressources >>humaines seront donc amenées à traiter en profondeur >>et >>avec rigueur la question de l’égalité de traitement >>qui >>deviendra un enjeu syndical majeur. et une >>composante >>essentielle de leur politique RH globale.
>>De plus, les salariées sont également des électrices >>lors des élections professionnelles. Par conséquent, >>les organisations syndicales auront à cœur de >>représenter avec fougue leurs revendications >>d’égalité >>de traitement et pourront même se livrer à des >>surenchères dans ce domaine.
>>Second effet : >>l’administration de la preuve sera facilitée pour la >>salariée qui souhaitera saisir, soit son supérieur >>hiérarchique au sein de l’entreprise, soit la HALDE, >>soit un Conseil des Prud’hommes, sur un traitement >>inégalitaire qui lui est fait.
>>On peut donc anticiper une évolution du comportement >>des salariées sur ce type de situations et une >>augmentation de leurs revendications, salariales >>notamment et, par conséquent, une nécessaire >>évolution >>de la politique de management des ressources >>humaines >>pour gérer ces revendications en interne.
>>On peut aussi légitimement pronostiquer une >>augmentation des contentieux prud’homaux et des >>saisines de la HALDE avec un pourcentage élevé de >>succès de ces contentieux car, l’administration de >>la >>preuve étant facilitée et les éléments objectifs et >>chiffrés étant disponibles et non contestables >>(puisque >>issus des rapports établis par les entreprises >>elles-mêmes), les entreprises seront plus facilement >>condamnées.
>>On peut donc finalement prédire un impact financier >>important pour les entreprises si les mesures du >>Rapport Grésy sont mises en place, soit dans le >>cadre >>de la concertation entre les partenaires sociaux, >>soit >>par la Loi. Impact financier découlant des >>revendications salariales auxquelles les entreprises >>devront répondre favorablement. Impact financier de >>la >>gestion des contentieux portant sur des >>comportements >>patronaux attaqués comme non conformes au principe >>d’égalité de traitement, les salariées demanderesses >>ayant d’autant moins la tentation de négocier une >>transaction pour se désister de leur action >>prud’homale >>qu’elles seront en possession d’éléments chiffrés >>objectivement imparables leur permettant d’obtenir >>gain >>de cause en justice. Enfin, impact financier des >>condamnations judiciaires auxquelles s’exposeront >>les >>entreprises jugées irrespectueuses des mesures >>d’égalité de traitement.
>>Troisième effet : >>la conséquence des mesures du Rapport Grésy sera une >>bien meilleure connaissance de l’attitude de chaque >>entreprise sur la situation qu’elle réserve à ses >>salariées. Cet effet « miroir » d’entreprise >>favorable >>ou défavorable aux femmes pourra produire un impact >>négatif dévastateur en terme d’image et fortement >>handicaper la politique RH de l’entreprise ainsi >>stigmatisée.
>>Il sera possible de dresser des palmarès pour >>distinguer les meilleures entreprises et les pires >>et >>les femmes, notamment les jeunes diplômées, pourront >>choisir leur futur employeur sur ce critère >>objectif. >>Ceci constituera sans nul doute un problème pour les >>entreprises qui recherchent de « hauts potentiels » >>féminins…
>>Allons plus loin, les femmes sont également des >>consommatrices, que ce soit pour leurs besoins >>personnels ou pour les besoins de leur famille ou de >>leur couple ; il a d’ailleurs été démontré qu’elles >>ont >>une influence prépondérante sur nombre des achats >>relatifs à l’ensemble des autres membres de la >>famille. >>Ne pourrait-on pas assister à des situations de >>boycott >>de certains produits par les femmes, simplement >>parce >>que ces entreprises auraient une image >>particulièrement >>négative en ce qui concerne le traitement qu’elles >>réservent à leurs employées ?
>>Quatrième effet : >>On peut envisager que les obligations tenant au >>respect >>du principe d’égalité de traitement entre les hommes >>et >>les femmes deviendront une composante essentielle et >>symbolique de la politique RH globale des >>entreprises >>en raison de la force de ce principe, de son >>acceptation unanime et de sa visibilité.
>>Celles-ci prépareront le rapport sur la situation >>comparée des hommes et des femmes avec le soin >>qu’elles >>apportent aux documents juridiques qu’elles >>établissent >>ou négocient en sachant combien ils sont >>susceptibles >>d’avoir pour elles de graves conséquences tant sur >>leur >>trésorerie que sur leur réputation. Elles pourront >>par >>conséquent chercher à s’entourer d’avis d’experts et >>organiser une communication particulière autour de >>ce >>document.
>>n2ravocats@gmail.com vendredi 6 novembre 2009 | |