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*Pratiques Narratives et histoires préférées*

Des Aborigènes d’Australie aux Pratiques Narratives

Je témoigne d’un voyage qui commença avec une passion pour la culture des aborigènes d’Australie jusqu'à ma décision d’apprendre à balbutier en pratiques narrative puisqu’en novembre 2008 je décidais de me joindre à la communauté de celles et ceux qui utilisent ces pratiques conçues par Michael White.

Je venais de participer à un séminaire d’introduction à ces pratiques organisé à Paris par la société Mediat-Coaching et au commencement de ce séminaire qui dura trois jours, je fus invité comme les autres participants à décrire le chemin que j’avais emprunté pour parvenir jusqu’à ce lieu et ce moment précis.

Je me souviens avoir trouvé la proposition stimulante : qu’est-ce que je fais ici et pourquoi ? Remonter le temps pour identifier le moment premier, le fait déclencheur, l’instant à partir duquel tout avait jailli, était une tâche qui me demandait un effort substantiel parce qu’il s’agissait d’un parcours assez vague dans mon esprit, un parcours jalonné d’étapes dont je n’avais pas conscience d’un éventuel ordonnancement.

Je situe le fait déclencheur à l’automne 1993, soit 15 ans auparavant, un jour où mon regard avait croisé de manière très fortuite une toile de peinture aborigène plantée au milieu de la vitrine d’une galerie d’arts du boulevard Saint Germain des Prés à Paris. Je travaillais alors pour Apple Computer France et participais régulièrement à des stage d’anglais dans le quartier. C’était tôt le matin et j’avais décidé de me promener étant arrivé un peu trop en avance par rapport à l’heure d’ouverture du stage. J’eus l’impression d’être victime d’hallucinations : les formes à l’intérieur de la toile s’animaient de mouvements lents et fluides, comme si elles se déplaçaient à l’intérieur d’un magma visqueux, mi-liquide mi-matière.

A partir de ce moment précis ma soif de connaître, de comprendre et de pratiquer la culture des aborigènes d’Australie ne fit que croître et prendre des formes toujours plus nouvelles et différentes les unes des autres : séjours en Australie, conférences, lectures, visite d'expositions, me remettre à peindre en utilisant leurs symboles,...jusqu’à rencontrer et faire la connaissance sept ans plus tard de l’un des leurs.

Jowandi est un artiste aborigène métis, joueur de didjeridoo, chanteur et percussionniste, héritier des traditions des peuples Yawuru et Djarbirr Djarbirr localisés au Nord Ouest de l’Australie, dans la région du Western Kimberley.

En 2000 Jowandi partageait son temps entre la France et d’autres pays d’Europe où il se produisait en spectacle, et son pays d’origine où il s’efforçait de garder vivante sa culture auprès des jeunes indigènes de son peuple qui avaient tourné le dos aux traditions et à l’identité aborigène. Son idée était de provoquer un déclic dans leur conscience en leur montrant les bandes audiovisuelles de ses concerts en Europe où on voyait des centaines de personnes manifester leur très vif enthousiasme pour quelque chose que ces jeunes indigènes avaient pour habitude de considérer comme ringuard. Son objectif était précis : les ramener vers le chemin du rituel d’initiation.

J’avais rencontré Jowandi après une prestation organisée dans le cadre d’une exposition de peintures aborigènes dans le quartier du Marais à Paris. Plutôt que de l’expliquer moi-même, je préfère lui laisser le soin de présenter en quoi consiste sa prestation artistique tout en soulignant ce qui est en rapport avec le sujet de cet article :

« Through the drone and barks of the Didgeridu the audience is taken on a journey to indigenous Australia. The singing and beat of the boomerangs articulates the emotions felt by these storytellers and evokes a sense of truths being told.

The songs tell of the story of traditions and cultural beliefs. From the creation times to the arrival of the European in 1860’s to the Kimberley region of the Australian continent, to the assimilation of the indigenous people into western society and the Christianisation of the Aboriginal population.

During the performance between the songs Jowandi explains the story and history that occurred from his people perspective. He paints a picture of a proud unique race of people with the oldest living culture in the world spanning back some 60,000 yrs.[…]”

Ces lignes sont tirées du texte de présentation de son spectacle auquel il a donné le nom de Bugarrigarra. Elles ont été publiées en 2001, donc avant l’arrivée en France des pratiques narratives. J’ai assisté par deux fois à ce spectacle et quelque chose m’a intrigué à chaque prestation : sa façon de conclure la soirée par ces mêmes paroles, façon très particulière de saluer le public en scandant : « we are all storytellers, we are all storytellers,.. »

« we are all storytellers, we are all storytellers,.. » impossible de ne pas tourner et retourner cette phrase dans ma tête : qu'est-ce qu'il voulait dire exactement ? pourquoi cette importance ? Le temps a passé et j'ai perdu la trace de Jowandi sans lui avoir posé cette question.

Or cette phrase continuait de résonner en moi comme une invitation lancinante à me mettre en marche pour traquer un animal que je trouvais bien mystérieux. Que veut dire « nous sommes tous des raconteurs d’histoires » phrase contenant un caractère affirmatif, voire péremptoire, concernant notre essence et dans la bouche d’une personne qui appartient à un peuple dont j’avais eu maintes occasions d’observer et d’admirer la sobriété, l’humilité et l’absence de jugement pour tout ce qui à trait aux autres peuples de la planète ?

J’étais donc assis là, parmi les participants à ce séminaire d’introduction à ces pratiques et je réalisais que c’était parce qu’un jour je fus quasi hypnotisé par une toile de peinture puis mis sur la piste des pratiques narratives par un aborigène. Sur une feuille de papier je venais de dessiner ces cailloux blancs qui me conduisirent de la culture des aborigènes australiens aux pratiques narratives.

Au moment où commençait ce séminaire d’introduction aux pratiques narratives à Paris, à 16000 km s’ouvrait en Australie un séminaire international réunissant des praticiens venus des quatre coins du monde. Certains d’entre eux découvraient peut-être pour la première fois ce pays et la culture des autochtones. D’une certaine manière j’avais effectué le chemin inverse.

Voilà une explication que j'ai voulue rationnelle à quelque chose, le chemin qui me conduit d’une toile de peinture à un séminaire, qui laisse encore en moi un sentiment de quelque chose qui ne l’est pas tout à fait. Ma curiosité pour les relations éventuelles entre la culture des aborigènes d’Australie et les pratiques narratives est toujours intacte. Elle se nourrit d’une très profonde admiration et d’un grand respect pour ce peuple et sa culture.

Selon les études que j’ai consultées cette culture aurait effectivement environ 60000 ans. Si notre culture était un nourrisson de 12 mois, la culture des Aborigènes d’Australie serait une personne âgée de 24 ans. Mon intuition me dit donc que même si je n’ai pas élucidé le mystère du caractère péremptoire de l’affirmation « we are all storytellers » je peux faire confiance à cette aînée pour avoir disposé d’assez de temps pour l’avoir observé et vérifié par elle-même.

Stéphane Kovacs
mardi 21 avril 2009

Des Aborigènes d’Australie aux Pratiques Narratives
Je viens de lire votre témoignage... Merci(s) pour ce partage qui m'a fait voyager au pays de Michael et dans votre Histoire... J'y ai vu des paysages agréables à contempler (parfois doux, parfois rudes) et des personnes aimables, emplies de la richesse de leur Identité respective... J'ai ressenti le calme, la sérennité et aussi la curiosité de et en l'Autre, différent de moi.
Les pratiques narratives sont , pour moi, cette invitation au voyage, chaque jour renouvelé.
Je vous souhaite de beaux voyages!
Annie
lundi 20 avril 2009
Coach Consultant, VERRIER Conseil-Coaching-Création ( V3C )

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