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Pour un entreprise intégrée à la cité ; La connecting city boréale

Où est Oulu ? Là-haut, au loin. Au milieu de nowhere. Oulu, c’est Sophia-Antipolis à Dunkerque, Palo-Alto à Anchorage, Nokia City aux portes de la Laponie, au royaume du high-tech, en Finlande.

L ’agglomération d’Oulu compte 200 000 habitants, elle est à deux heures de route du cercle polaire, et les aurores boréales viennent éclairer les nuits de ses alentours. Oulu, ultime cité d’Europe, posée au nord de la Baltique. Au-delà, on tombe à 0,3 habitant au km2. C’est pourtant au cœur de ce désert vert, bleu ou blanc que l’une des principales révolutions de l’économie mondiale a vu le jour.

Paavo Vasala, aujourd’hui président de Wasala Communications, un groupe de « web companies », s’en souvient encore : « C’était il y a 25 ans, ­j’étais­ journaliste et j’interviewais Erkki Veikkolairen qui dirigeait la R & D de Nokia à Oulu. Il m’avait montré son dernier prototype : un gros téléphone sans fil – comme un talkie-walkie– qui ressemblait à un menhir ! Il m’a dit : “C’est le futur”. Je l’ai pris pour un fou… ».

Ce fou venait de mettre au point le Mobira, un portable qui ne sera commercialisé qu’en 1987. Le Mobira, c’est l’ancêtre de tous les mobiles, le premier modèle d’une entreprise qui en créera 400 et vendra un milliard de portables… Et c’est à Oulu que tout a commencé.

Pourquoi Oulu est-elle si loin de tout ? Parce qu’au bout du monde, on s’éloi­gne des regards indiscrets… mais on se rapproche de l’essentiel.


Nokia... et 600 start-up

Oulu abrite l’une des meilleures universités du pays que les fondateurs ont opportunément spécialisée en électronique dès 1958. Les diplômés fournissent des bataillons d’ingénieurs à Nokia et les labos du campus travaillent avec le groupe pour mettre au point des systèmes qui finissent dans les portables de millions de terriens. Certes, toutes les technopoles du monde fonctionnent sur ce modèle. Mais à Oulu, la ville est partie prenante d’un système qu’elle a contribué à créer et la population joue les cobayes d’une cité du futur.

Ici, l’initiation à un monde sans fil commence en culottes courtes. Pendant les heures scolaires, il n’est pas rare de croiser de chères têtes forcément blondes qui semblent faire l’éco­le buissonnière. Sauf qu’au lieu de traîner dans les rues… elles photographient une fleur avec leur mobile ! Puis elles consultent un SMS et suivent un itinéraire sur GPS. Cette application de « m-learning » (mobile learning) a été mise au point par Incode, une des 600 entreprises high-tech qui se sont implantées autour de Nokia ces vingt dernières années. Incode a aussi testé d’autres trouvailles sur la population d’Oulu. Dès 2003, les accros de la pêche sous glace ont ainsi pu valider leur permis par SMS grâce à des « mobile tickets ». Des tickets virtuels qui ont également servi aux abonnés de la piscine... mais qui ont fait un flop au théâtre. La « wireless (sans fil) attitude » séduit surtout les sportifs.

Elle a contribué à ce que l’équi­pe Kärpät Oulu devienne championne de Finlande de hockey grâce à une application de la société Octopus. L’entraîneur Ari Karlainen a testé le PoC (Push to talk over Cellular), un haut-parleur dans un Nokia 5140. Un rêve de Guy Roux ce PoC : le coach­ pouvait avancer l’échauf­fement d’une heure et convoquer tous ses joueurs en même temps en appuyant sur un simple bouton…

L’un des gros chantiers de Nokia, c’est la RFID (Radio Frequency Identification). Le fabricant commercialise déjà des lecteurs de puces RFID dans le Nokia 5140. Avec ce système, vous pouvez par exemple vérifier le prix d’un produit en magasin, sa traçabilité ou son contenu : utile si vous êtes allergique aux oléagineux. On n’en est pas encore là mais à Oulu, des agents de la municipalité en charge des équipements sportifs « pointent » grâce à ce dispositif partout où ils passent. Big Brother ? « Au contraire, ils peuvent prouver qu’ils travaillent ! », soutient Janne Mustonen, responsable de ce projet à la municipalité. Car si le téléphone est un Nokia, c’est une mairie hyperactive sur le front des nouvelles technos qui facilite l’expérimentation.

High tech et « soc-dem »

En 2005, la municipalité a mis en place un projet baptisé Oulu 400 visant à transformer la ville en cité sans fil. Dans les rues piétonnes du centre, on peut déjà voir des petits spots Wifi sous les toits tous les 200 mètres. Dès l’année prochaine, 400 spots mailleront la ville qui deviendra ainsi « total wireless ». D’au­tres cités dans le monde ont la même ambition. Mais à Oulu, c’est gratuit.

Gratuits aussi les adresses email et les accès libres à près de 300 ordis. Pour demander une place en crèche ou un formulaire de déménagement, on accèdera au site de la ville afin de télécharger un formulaire pré-rempli. Les plus vieux ne savent pas pianoter ? « On va engager 15 chômeurs pour leur apprendre », répond Heikki Riikonen, le responsable d’Oulu 400.

Oulu n’est pas une Silicon Valley comme les autres. Dans cette région qui flirtait avec 25 % de taux de chômage il y a dix ans (moins de 10 % aujourd’hui), il y a toujours une préoccupation sociale derrière une impulsion économique. C’est même la grande vision très « soc-dem » du maire Kari Nenonen : « Nous avons chez nous, comme partout en Europe, des chômeurs de père en fils. Eux ne peuvent pas encore intégrer le système. Mais est-ce qu’on doit pour autant les laisser tomber ? Au contraire, nous devons préserver notre modèle social et on ne pourra le faire qu’en conservant des industries à valeur ajoutée. » Voilà le secret de la réus­site de cette ville singulière, symbole d’un pays qui reste le plus compétitif du monde selon le World Economic Forum. Ici, on applique les règles du business libéral sans état d’âme. Mais c’est une municipalité interventionniste qui y souscrit… pour mener une politique sociale !

Un modèle ? « J’aimerais beaucoup que nous le soyons pour d’autres pays européens, mais je reçois surtout des visites de délégations japonaises ou chinoises », regrette Monsieur le maire. Seul le département de la Vienne, siège du Futuroscope, mène une politique d’échange avec ces Finlandais. En 2002, une centaine d’agents sont même venus en stage sous ces latitudes boréales !

Mais Oulu est aussi un modèle fragile qui dépend du bon vouloir d’un mastodonte. Sur les 15 000 emplois high-tech de la région, un tiers est généré par Nokia… et un autre tiers par ses sous-traitants. Si Nokia trinque, Oulu boit la tasse. Or la délocalisation touche aussi le miracle finlandais… « Nous conservons à Oulu les sites de R & D et de pré-production, explique Mika Sorvisto, manager du marketing technologique chez Polar (voir encadré). Mais dès que l’on maîtrise le “know how”, la production part en Asie ».

Pour garder cette position (le quart de la high-tech finlandaise est ici), il faudra maintenir et attirer sur place une main-d’œuvre qualifiée. Or, 90 % des ingénieurs d’Oulu sont originaires du nord de la Finlande. Même à Helsinki, on n’a pas envie de s’exiler chez ces « Lapons ». Alors séduire un informaticien de Toulouse ou de Bengalore pour travailler dans un pays où les journées durent six heures en hiver reste un pari… que ne craint pas de relever Kari Nenonen : « Ils viendront pour le travail, il resteront pour une Finlandaise. »

Écrit par Eric Le Braz, Newzy.fr
vendredi 5 octobre 2007
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