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jeux d'écriture

Et Dieu créa l'humanité ... .

Au début, il y eut le commencement et ce fut le point de départ.

Dieu fronça les sourcils, plongea son regard dans le mien comme pour mieux m’envisager. Il dit :
- Nono, vois-tu, les derniers seront les premiers !
Je pris cet air pénétré du fumeur de pipe, savourai pour lui faire plaisir, une gorgée du Jack Daniels qu’il affectionnait tant et lâchai un :
- Il faudrait tout de même préciser de se presser un peu : il n’y aura pas de rab pour tout le monde.
qui le laissa sans voix. Il m’adressa une moue et un pouce levé au dessus de son poing, me dévoilant combien il acquiesçait, frustré certainement de n’y avoir songé.

Nous fûmes interrompus par le timbre encore aigu de Jésus qui s’exclamait :
- Laissez venir à moi, les petits enfants !
Toujours calme, Marie posa son verre, s’excusa auprès des convives et quitta la table.
Ses traits restaient doux, cependant qu’un sourcil légèrement levé trahissait comme à l’habitude, son irritation.
Elle prit Jésus par la main, l’éloigna du groupe et posant ce baiser rassurant sur la tempe, elle glissa au creux de son oreille :
- Je t’ai répété cent fois de ne pas jouer avec les petits enfants que tu trouves dans la rue : ils ne sont pas forcément très propres.
Comment ça, pas forcément très propres ? pensa Jésus. Il n’aurait osé contredire sa maman, pourtant qu’il aurait préféré taper dans la balle avec les copains du quartier. Et cet apéritif interminable qui le concernait tellement peu … !
Pas forcément très propres ? On voit bien qu’elle connaissait mal Toc Toc !
Toc Toc, longtemps on s’était demandé d’où ça lui venait, puis on s’était habitué et la question ne se posait plus. Pour tous, il était devenu Toc Toc, ce fils d’immigré italien ; et on en aurait presque oublié jusqu’à son vrai nom.
Toc Toc, c’était peut-être à cause du spécialiste qu’il avait dû consulter pour sa drôle de manie de se laver les mains toutes les dix minutes !
Alors, pas forcément très propres ?

Nous ne prêtâmes d’avantage notre attention au jeune garçon jusqu’au moment où son cri envahit de nouveau la pièce. Il voulait que Poil de carotte lui rendit sur le champs son jouet favori : une jolie caravane tractée par la même Mercédès que celle de papa.

Papa, Joseph. Un homme à qui la vie avait souri. Un peu fier, sans doute. Il s’était fait tout seul. Charpentier de son état, il s’était lancé dans la structure métallique et possédait désormais une entreprise florissante. La rumeur disait même qu’il envisageait d’entrer en politique ; qu’il présenterait une liste contre le maire aux prochaines municipales.
Un actif, un boulimique ; pas trop souvent à la maison, tout de même.

Poil de carotte, de son vrai nom Judas. C’était Jésus qui l’avait surnommé ainsi, sans méchanceté, bien qu’il ne l’appréciait guère.
Judas était issu d’une famille de peu de biens, laquelle se remettait difficilement du chômage de longue durée du père.
Heureusement, Joseph l’avait embauché. Il n’avait pas réellement besoin de lui ; mais Joseph, il était comme ça ; sa réussite n’avait pas altéré son bon cœur.

Marie commença de se lever une fois encore. Dieu l’avait précédée. Il posa une main sur son épaule, lui fit un large sourire et un hochement de tête, pour qu’elle ne se déplaçât pas.
Dieu et moi avions entamé une discussion, probablement trop sérieuse. Il parlait beaucoup, il adorait ça. La chamaillerie de Jésus et Judas avait dû perturber le cours de sa pensée car il avait paru vraiment agacé. Je crois que c’est la raison pour laquelle il s’en était mêlé.

Il revint s’asseoir et avant que je n’aie eu le temps d’ouvrir la bouche, il reprit :
- Ah ! Oui Nono, je te disais …
Il marqua un temps d’arrêt, se gratta le bout du nez et retrouva le fil de notre conversation :
- Non, non … ces dernières décennies sont surtout marquées par une accélération des bouleversements dans l’ordre des technologies. Le monde bouge, ne t’y trompe pas ! c’est le plus souvent le fruit de l’imagination d’individualités, moteurs des mutations essentielles de nos sociétés toute entière !
Des exemples ?
Tiens … Graham Bell et le téléphone, Nicéphore Nièpce et la photo. Je ne sais pas
Moi … Henry Ford ou Alfred Diesel et la bagnole, Bill Gates et la carte à puce, Marie
Harel et le camembert !
Il m’expliqua qu’il allait de même de la pensée universelle. C’était son dada. Il me cita Confucius, Platon, Aristote, les encyclopédistes, Freud, … ,Marx .
Puis, soudain, il se tût, se rapprocha du bord de la table et me fit signe d’en faire autant.
Solidement reposé sur ses avant-bras, l’œil fixe, l’index dressé, il me dit à voix basse, mais sur un ton solennel :
- Jésus, … un peu turbulent ce gosse ; mais ce n’est pas le mauvais cheval ! … Dommage qu’il ne fiche rien à l’école ; il a oublié d’être bête ! Il pourra tirer son épingle du jeu ! … Moi, je le verrais bien ouvrir une boulangerie industrielle !

Nous avions un peu trop bu. Dans l’euphorie qui nous gagnait, Dieu sollicita ma pipe ; il ne fumait pas. Il tira une longue bouffée et se mit à tousser. Il se racla la gorge et encore rouge, considéra avec insistance l’objet fumant qu’il faisait tournoyer entre ses doigts :
- N’empêche, ça fait très genre !

En même temps qu’il me fit un clin d’œil, il m’invita à trinquer ; il me semble que ce fut en cette journée qu’il décida de créer l’humanité.
jeudi 12 février 2009
Juriste consultant / formateur en droit social dédié RH, Cabinet THEMIS

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