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S’inquiéter ? « Amwaj » tombe à l’eau
Mercredi, 23 Septembre 2009
par Hassan Laghcha .
Jamais affaire n’a fait l’objet d’autant d’informations diamétralement opposées et d’effets d’annonces les uns annulant les autres. Et pour cause !
Qui du groupe Addoha, du groupe Achaâbi ou de la Caisse de Dépôt et de Gestion (CDG) serait le repreneur de la part de Sama Dubai (filiale de Dubaï Holding) dans la deuxième séquence du projet d’aménagement de la vallée Bouregreg et la plus compliquée, c’est à dire « Amwaj » ? La question est sur toutes les lèvres depuis la quasi-confirmation du retrait imminent de la société émiratie. Un retrait dû à des problèmes financiers ou de gestion. Là encore les avis divergent.
Autre information concernant ce dossier et la plus récente, c’est celle laissant entendre que l’Agence d’aménagement de la vallée du Bouregreg (AAVB) a eu recours à un cabinet d’audit en l’occurrence, le renommé KPMG pour évaluer la situation financière de cette affaire et étudier les scénarii possibles pour trouver un ou des remplaçants des Emiratis dans ce projet.
En tout cas, des sources proches du dossier indiquent que les actionnaires se sont donné rendez-vous vers la fin du mois de Ramadan pour une réunion qui va tirer au clair toute cette affaire.
Chronique des événements
Juste après le début des travaux dans le projet Amwaj qui porte sur un investissement de près de 3 milliards de dollars, les rumeurs ont commencé à fuser -assez bouleversantes- les unes après les autres. La plus « grosse » était celle selon laquelle l’Agence d’aménagement aurait demandé à son partenaire Emirati tout bonnement la résiliation du contrat entre les deux parties. Ou encore, les informations faisant état de divergences d’ordre conceptuel et technique entre les deux partenaires. Notamment en ce qui concerne la nécessité de respecter le cachet marocain dans la construction de certains ouvrages.
On rappellera également, les informations qui ont circulé fin janvier dernier et selon lesquelles Sama Dubaï, en difficultés financières, a demandé aux entreprises prestataires d’arrêter les travaux. Des sources proches du dossier ont même affirmé qu’il y a eu rupture de contrat. C’’était trop dire selon la direction de l’Agence d’aménagement. «Notre partenaire Sama Dubaï qui a été affecté par la crise économique mondiale a entamé une restructuration qui nécessite le gel momentané des projets dans lesquels il est impliqué», a expliqué Lamghari Essakl dès après la diffusion de l’information relative au retrait de l’investisseur émirati. Le directeur général de l’Agence d’aménagement de la vallée du Bouregreg avait reconnu que le management de l’Agence réfléchit effectivement aux solutions de rechange au cas où Sama Dubaï ne pourrait plus assurer le projet Amwaj. «L’une des pistes que nous envisageons pour le moment est la récupération de la gestion du projet Amwaj au niveau de l’Agence», a-t-il dit. Et d’ajouter : « la reprise de la gestion du projet par l’Agence n’exclura pas Sama Dubaï qui restera actionnaire dans Amwaj sans pour autant en assurer la gestion», précise le directeur général.
Soulignons que Sama-Dubaï détient 50% de la joint-venture créée pour la conception et la réalisation de ce projet. Les autres actionnaires sont l’AAVB (20%), le groupe CDG (20%) et la Caisse marocaine des retraites (10%).
Où trouver 12 milliards d’ici 2012 ?
Le 29 mars 2006, lors de la signature du pacte d’actionnaires devant SM Mohammed VI, les partenaires avaient décidé que le capital social de la société devra correspondre à 30% du total des investissements envisagés et serait libéré en trois étapes. Il a été également décidé de confier le management du projet Amwaj à Sama Dubai sous contrôle d’un Conseil d’administration, composé de six membres dont trois choisis par Sama Dubaï et trois par le groupement CDG - Agence du Bouregreg. La présidence du conseil a été confiée à Sama Dubaï. Aussi, un comité de pilotage a-t-il été mis en place dans le cadre d’une approche concertée. Mais, suite à la crise économique qui a contraint l’opérateur émirati à repenser ses investissements, bon nombre d’analystes ont émis alors de sérieux doutes sur sa capacité d’honorer ses engagements.
En termes financiers, le holding Emirati doit fournir dans un délai de quatre ans, 50% des 3 milliards de dollars (24 milliards de DH) que devrait coûter le projet Amwaj, soit 12 milliards de DH. Une somme qui semble aujourd’hui impossible à réunir pour les Emiratis, en crise.
Visite guidée d’Amwaj
Amwaj est la deuxième séquence du grand projet de réaménagement de la vallée du Bouregreg. Ce projet de grande envergure couvre près de 200 hectares et consiste en un ensemble immobilier et touristique dont une cité lacustre avec un cachet architectural de type méditerranéen, un palais des congrès, des résidences, des bureaux, des hôtels de luxe, des commerces et plusieurs espaces de divertissement et de loisirs. Cette séquence, considérée comme étant la plus complexe du projet, s’étend entre le pont Moulay Hassan et le pont ONCF, et devrait assurer la liaison entre Rabat et Salé. Elle a également une charge civilisationnelle puisqu’elle constitue un trait d’union entre les monuments historiques de l’estuaire (Qasbah des Oudayas. médinas de Rabat et Salé) d’une part et ceux de la vallée proprement dite (Tour Hassan, Mausolée et Chellah).
Signalons que la réalisation de cette phase a été confiée à un groupement composé de Somagec (Société maghrébine de génie civil) et de Besix, une société belge spécialisée dans les ouvrages maritimes complexes et les grands bâtiments et infrastructures. Avant l’arrêt du chantier, en avril dernier, les deux entreprises avaient entrepris les premiers travaux pour consolider le sol dans une zone marécageuse sur une superficie qui avoisine les 180.000 m².
Les Marocains prêts à assumer
L’opinion publique locale suit de plus près l’avancement des projets de Bouregreg. Elle colporte toutes sortes de bribes d’informations et d’interprétations de l’évolution des événements. Le désir de tout savoir et en temps réel n’a jamais été aussi ardent chez les Rbatis et les Slaouis. « Sama-Dubai était venu à un moment où les entrepreneurs marocains étaient frileux et personne ne soupçonnait l'essor ultérieur de l'immobilier dans le pays », analyse cet habitant, riverain de Bouregreg. « Concernant le départ des Emiratis, je pense qu'il est dû au refus des Marocains d'autoriser la construction des grattes ciels à l'image de Dubai. Or, Le charme de Rabat vient justement de son architecture à la Lyautey… Si Addoha ou Chaabi reprenaient ce genre de projet, cela ne sera que plus bénéfique pour le Maroc », estime-t-il.
Pacte des actionnaires et feuille de route
Pour la bonne marche de la séquence « Amwaj », les actionnaires ont adopté un pacte qui préconise l’adoption d’une organisation instaurant une approche concertée. Selon les responsables de l’Agence de Bouregreg, cette démarche a abouti à la création d’un comité de pilotage et à la tenue de plusieurs ateliers techniques pour la mesure des impacts et implications opérationnelles du projet et le cadrage de ses répercussions. « L’objectif de l’ensemble de ces consultations et échanges étant de poser les bases d’une stratégie de développement appropriée conciliant les différents enjeux socioéconomiques du projet », indique la direction en charge de ce projet. A ce propos, on indique que l’AAVB, en tant qu’autorité garante du projet, a transmis à Sama Dubaï « une feuille de route retraçant une cartographie des risques physiques et des contraintes réglementaires dont la prise en compte est nécessaire ».
« Cette feuille de route a permis de cadrer l’ensemble des grandes orientations thématiques liées au projet, en terme de Master Planning, de programmation et d’environnement et ce, dans le respect strict des principes fondateurs du projet d’aménagement de la vallée du Bouregreg », précise la direction de l’Agence.
« Bab Al Bahr » toujours ouvert
Du côté de « Bab Al Bahr » qui est la première séquence du projet d’aménagement de la vallée du Bouregreg, les nouvelles s’annoncent plutôt bonnes. La direction de l’Agence affirme que le taux de réalisation de ce chantier atteindra d’ici le début de l’année 2010 près de 40%. Pour le moment, l’on est à 15% du projet mais le management de cette séquence reste confiant dans sa capacité de respecter l’échéance de livraison prévue à partir de 2012.
Ce projet est situé à l’embouchure du fleuve. Il est le fruit d’une joint-venture entre l’agence du Bouregreg et le holding Al-Maabar d’Abou Dhabi. L’aménagement de Bab Al Bahr porte sur une superficie constructible de 30 ha, dont 560.000 m² plancher, avec un coût d’investissement qui s’élève à 750 millions de dollars.
C’est la séquence de l’estuaire, en aval du pont Moulay Hassan, qui est l’une des parties les plus connues et les plus fréquentées de la vallée. Située entre les deux médinas de Rabat et Salé, et bordée par des sites historiques comme la Kasbah des Oudayas ou le tombeau de Sidi Ben Acher, ce tronçon « dispose d’un très important potentiel paysager, qui le destine à devenir le véritable centre d’animation et de loisirs pour la population des deux villes et une importante zone touristique », se réjouit l’Agence. Il est prévu d’y construire une cité des Arts et Métiers, des commerces, des plateaux bureaux et divers équipements publics tels qu’un Centre de conférences, un Mall et un Théâtre.
Selon les concepteurs de ce premier projet dont le début de commercialisation est annoncé pour ce mois-ci, la caractéristique principale est l’importance donnée à la surface réservée au résidentiel qui s’étendra sur une superficie de 380.000 m². Les commerces et les bureaux ne sont pas en reste puisqu’ils occuperont respectivement 68.107 m² et 81.618 m². Les équipements publics, quant à eux, occuperont un espace de quelque 52.635 m². Pour ce qui est de l’hôtellerie, le plan d’aménagement prévoit la construction d’un palace sur 48.000 m², d’appart-hôtels et des maisons d’hôtes.
Bouregreg-Marina veut être un must
Pouvant accueillir jusqu’à 350 bateaux, « Bouregreg-Marina a pour ambition de devenir un « must pour les plaisanciers à la recherche d'un séjour prolongé ou le temps d'une escale sur leur chemin vers l’Afrique occidentale, les Caraïbes ou les rivages d’Amérique du Nord », annonce la direction de l’AAVB en soulignant les atouts indéniables de cet ouvrage. « Base de départ de nombreux itinéraires touristiques, le port est protégé par la jetée nord et la jetée sud ; l’entrée entre les deux extrémités des jetées est large de 250 mètres. L’accès dans le chenal s’effectue après appel radio afin d’obtenir l’assistance de la capitainerie. Après cette entrée, deux diguettes balisent l’entrée du chenal », explique-t-on. Signalons aussi que ce port de plaisance dispose actuellement de 250 places (350 à terme) pour recevoir des bateaux longs de 8 à 30 mètres avec un tirant d’eau pouvant atteindre 4 mètres. Il permet également des possibilités de stationnement à terre et un amarrage sur ponton flottant.
Temps record et technique inédite
« Conformément au planning initial, la marina fluviale a été construite en un temps record de sept mois et les travaux d’infrastructure sont achevés », indiquent avec fierté les responsables de l’Agence d’aménagement. Et ils affirment que suite aux difficultés révélées par les études préliminaires, en particulier celles relatives au type de sol, à la stabilité du pont et des voies situées à proximité, il a été décidé de retenir la technique des parois moulées pour la construction des quais. « Il s’agit d’une technique moderne utilisée pour la première fois au
Maroc. En effet, les quais en parois moulées (près de 500 mètres de quai côté Salé), reposent sur une technique particulière, très utilisée en Europe, surtout dans les nouveaux projets comme le Port Atlantique du Havre. Cette technique consiste à réaliser une tranchée profonde sans blindage de ses parois, grâce à l'utilisation d'une boue de forage stabilisante. Cette tranchée est ensuite remplie de béton coulé sous la boue à travers une goulotte. On obtient ainsi un mur souterrain continu. La superficie actuelle de la marina de Salé est de 4,2 hectares pour le bassin et de 4 hectares pour les terre-pleins », expliquent les spécialistes.
« Le coût de construction des infrastructures du port de plaisance est de l’ordre de 180 millions de Dirhams et son équipement en appontements flottants est de l’ordre de 18 millions de dirhams, y compris ceux à réaliser au niveau du chenal d’accès, pour un total de l’ordre de 700 mètres d’appontements flottants », indique-t-on auprès de l’AAVB. « Dès la mise en service du nouveau pont Moulay El Hassan en 2010, une extension du port de plaisance sera réalisée sur une superficie de 3 hectares, dont 1,6 pour son plan d’eau », précise la même source.
Décongestionner la capitale
La construction du nouveau pont Moulay El Hassan et le creusement du tunnel des Oudayas permettront de soulager la circulation urbaine et de décongestionner le trafic routier et celui des poids lourds, tout en protégeant les sites historiques et les populations de l'ancienne médina des nuisances des pollutions atmosphérique et sonore. D’autres ponts seront également érigés le long de l’oued tant au niveau du projet Amwaj (si on arrive à l’achever) que des autres séquences.
La réalisation du nouveau pont Moulay El Hassan vise à fluidifier le trafic routier par la construction de deux triples voies, outre la plate-forme du tramway, et un passage sécurisé pour les piétons et les deux roues de part et d’autre. Avec une hauteur de 12.8 mètres, le pont facilitera l'accès des bateaux aux marinas du projet Amwaj et permettra la navigabilité du fleuve Bouregreg jusqu'aux limites du pont ONCF en amont. Signalons que cet ouvrage dessiné par le cabinet d’architecture et d’ingénierie Marc Mimram, concepteur de la passerelle Solferino, est complété par le tunnel creusé sous la Casbah des Oudayas.
Tunnel des Oudayas dans les délais
Concernant l’état d’avancement du tunnel des Oudayas, l’AAVB affirme que les efforts déployés permettront la livraison dans les délais impartis. Le taux d’avancement de ce chantier dépasse 50%. La plus grande partie des travaux de construction et d'équipement du tunnel et ses voies d'accès devrait être achevée fin 2009. Il s’agit en particulier des travaux d’excavation des deux tubes ainsi que leur bétonnage. Également pour les tranchées ouvertes et couvertes à la rentrée et la sortie du tunnel. « C’est une mission très difficile du fait de la complexité de ce chantier unique dans son genre au Maroc», indique la direction de ce projet en signalant que la route Al Marça longeant la Kasbah des Oudayas, connaît un trafic dense, avec une moyenne de plus de 30.000 véhicules par jour dont 3.500 poids lourds et autocars.
Signalons que les études techniques du tunnel ont été réalisées par le groupement CID-Lombardi S.A. Les travaux de réalisation seront menés par le groupement italien Pizzarotti, Alpi de Co.
Le projet du tunnel des Oudayas et des voies d’accès s’étend du carrefour giratoire de Bab Al Bahr, sur une longueur de 1022 mètres. Son coût de construction et d’équipement est de l’ordre de 491 MDH et la durée des travaux s’étend sur 36 mois. Ce projet vise entre autres à restituer la continuité historique entre la médina et les Oudayas, sachant que l’aménagement de la place El Ghzel en espace public est de nature à intégrer le site archéologique de Ribat Tachfine.
A terme, la population de Rabat disposera de larges espaces aménagés en esplanades piétonnes le long de la rive gauche et bénéficiera de grandes aires de promenade entre les Oudayas et la Rue des Consuls qui sera définitivement fermée à la circulation automobile.
http://www.lereporter.ma/autres/dossier/2708-sinquieter--l-amwaj-r-tombe-a-leau.html
jeudi 1 octobre 2009






