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Argentine

Littérature, arts, cinéma

Depuis une dizaine d'années, l'Argentine manifeste une fringale culturelle que le déclenchement du Corralito n'a pas affectée. Les expositions dans les galeries, les musées et même les usines se multiplient à Buenos Aires et ailleurs.

Les films se tournent par dizaines,­ une soixantaine rien que cette année­, même sans argent. La fréquentation des cinémas est au zénith, portée par la ferveur d'un public jeune, qui aime aussi débattre.

Quarante pièces de théâtre se donnent chaque soir. On peut y voir des acteurs formidables, aussi bien Julio Chávez, déjà vedette dans les années 80, que de jeunes comédiens ou des amateurs flirtant avec le cabaret et le théâtre ouvrier. Le tango connaît une renaissance sous des formes diverses : le jazz (avec Adrián Iaies) et la musique électronique (Gotan Project). Les cabarets où il s'écoute et les bals où il se danse en jean et tee-shirts prolifèrent, loin des attrape-touristes de San Telmo ou de la rue Anchorena. Le rock fait salle pleine et le festival de Cosquín est, en février, un des moments forts de l'été austral. La littérature (avec César Aira et les nouveaux noms, Ana María Shua, Alan Pauls, Gonzalo Garcès...) est célébrée dans la presse de l'ancienne puissance coloniale, l'Espagne...

Comment ce phénomène est-il apparu ? «Sous Carlos Menem, si l'Argentine n'avait pas encore explosé, elle était déjà très malade», explique Lita Stantic, cinéaste et productrice des films de Lucrecia Martel (la Ciénaga et la Niña Santa). «L'avenir était bouché. Les étudiants savaient que devenir avocat, médecin ou ingénieur ne les sauverait pas de la précarité. Ils ont pensé que, perdus pour perdus, il fallait qu'ils fassent ce qui leur plaisait.» Ce fut la ruée vers les cours d'art dramatique, qui ont toujours eu une grande réputation, vers les beaux-arts et le cinéma.

Ton insolent. Faite de bruits, de fureur, de sang et de larmes, l'Histoire de ces trente dernières années (attentats des années 70, dictature militaire de 1976 à 1983, guerre-faillite des Malouines en 1983, Corralito), a donné matière à des films. Elle a surtout laissé en sédiments ce ton insolent et ce regard étonné que l'on retrouve dans des comédies énervées comme Tan de Repente de Diego Lerman ou des polars style El Bonaerense de Pablo Trapero et El Oso Rojo d'Adrián Caetano.

Cette ébullition laisse certains observateurs perplexes. Les uns regrettent qu'un écrivain argentin doive encore publier en Espagne pour être reconnu. Rodolfo Fogwill, romancier et essayiste, reproche, lui, à la littérature locale de fuir le réel. D'autres remarquent qu'il n'existe aucun chef-d'oeuvre pour corroborer l'hypothèse de la movida argentine. Fondateur, il y a trente-cinq ans, du front de libération homosexuelle, Juan José Sebreli est de ceux-là, expliquant dans Clarín, le grand journal de Buenos Aires : «Il y a beaucoup d'activité culturelle, mais pas de culture... On parle du phénomène du nouveau cinéma argentin, mais qui va voir ces films ? Combien en valent d'ailleurs vraiment la peine ? Il y a des queues incroyables devant l'entrée de la foire du livre et le reste de l'année les librairies sont vides.»
jeudi 2 juin 2005
Gestion de projet marketing

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