Bienvenue sur Viadeo
Créez votre compte en 30 secondes

TICE en Afrique

Pour ou contre le crétin learning ?

Bonjours à toutes et tous,

comme certains d'entre vous le savent, je suis depuis quelques années fâché contre le "crétin learning", celui qui "vendu par l'argument économie d'échelle" est acheté par l'argument "je peux mettre 10 000 heures de formation de plus sur les statistiques de l'entreprise". L'argument continuant à faire recette en temps de crise, le crétin learning a de beaux jours devant lui.

A contrario, le social learning, le e.earning durable, le "travaillerapprendre" ont du mal a décoller. Ils ne peuvent pas vraiment compter sur la culture en pédagogie numérique des responsables de formation, ni sur cette même culture des financeurs institutionnels de la formation, ni sur la hiérarchie de l'entreprise, qui préfère le "tranquil learning" comme le montrent Sandra Enlart et Monique Benaily dans leur ouvrage "La fonction formation en péril - De la nécessité d'un modèle en rupture".

Pour nous aider à réfléchir, je vous propose deux liens :

Le PowerPoint sur un e.learning "durable", support de mon intervention pour la sécurité sociale en octobre 2007 :
http://www.slideo.com/article.php?id=817

Mon édito "poil à gratter" sur le blog du master "ingénierie de la e.formation" de l'université de Rennes 1, sur le crétin learning et la nécessité de sensibilité RF et DRH :
http://blog.univ-rennes1.fr/master-eformation/index.php/post/2009/05/28/editorial-de-juin-2009

Cordialement.

Adrien Ferro

animateur du hub "Le web 2.0 et les pratiques de professionnalisation"
http://www.viadeo.com/hu03/0021xdssj5l40337/le-web-2.0-et-les-pratiques-de-professionnalisation
mercredi 22 juillet 2009
Responsable de développement - Université Rennes 1

Tous ses messages



Répondre

Pour ou contre le crétin learning ?
Merci Adrien,

Je dirais qu'on y arrive quand même, mais tout doucement comme dans tout changement de paradigme. Il existe au moins trois niveaux de culture qu'il faut faire bouger et, la crise aidant, il y a un peu d'espoir d'y arriver :

1. la culture économique qui a créé le mythe du consommateur monade et résistera avec énergie à toute entrée du collectif (social) dans les seules prises de décision qui comptent : les décisions d'achat ("impulse buying" est toujours l'idéal des marketeurs).

2. la culture éducative (qui déborde même sur la formation professionnelle) réglée par des hiérarchies de compétences artificielles qui figent comme seule source d'autorité toutes les notions de "top down" (connaissances théoriquement correctes, statuts définis par des parcours ritualisés, méthodes de diffusion unidirectionnelle, etc.)

3. la contre-culture de la génération Y qui certes s'oppose superficiellement à tout ce qui précède mais qui à tendance à définir sa personnalité sociale à partir de ses désirs (en tant que bon consommateur peu conscient du rôle que l'économie a défini pour lui) et à limiter son horizon de réflexion aux valeurs sociales partagées par son groupe ou communauté.

Sur ce dernier point, la culture communautaire va beaucoup plus loin que les groupes ethniques, religieux etc. facilement répérables dont on parle beaucoup dans les médias par rapport à la politique et la sociologie des villes. Une dynamique narcissisme/commununautarisme est en train d'émerger, stimulée par les outils du Web social (ou plutôt le mélange ambigü de Web 1.0 - outil de "broadcast" - et Web 2.0 perçu comme outil de narrowcast) et l'influence de la pensée, de la culture et des pratiques américaines en matière d'interaction collective (aux Etats-Unis le social n'est que la somme de l'expression de tous les individus à un moment donné ; on ne peut concevoir une réalité indépendante pour le social, le collectif... d'où l'importance de chercher le sentiment d'unité - à chaque fois que les événements en dictent la nécessité - dans un objet symbolique, le drapeau).

On sait que depuis que la technologie définit l'évolution de notre culture sociale (téléphone, télévision, informatique, Internet...) tout vient des Etats-Unis et atterrit doucement dans le reste du monde. La culture Web 2.0 "made in America" est en cours d'exportation mais le modèle américain n'est pas le seul possible. C'est une opportunité pour la vielle Europe de montrer sa créativité et de capitaliser sur sa riche culture intellectuelle en proposant un modèle plus efficace et plus en phase avec le vrai potentiel de cet outil social formidable qui nous tombe dans les mains. Mais la capacité de résistance de nos institutions est redoutable. Ca prendra du temps.

Je me demande aujourd'hui si ce ne sera pas l'Inde qui s'imposera comme leader dans la création de cette nouvelle culture. Leur culture semble sur beaucoup de plans mieux adaptée. Mais l'Europe peut l'accompagner car il ne s'agit plus de jouer la concurrence, ce ressort cassé de la "Old Economy". Et - je le dit en tant que citoyen des US (aussi bien que de la France) - il y a la petite moitié des Etats-Unis (culture divisée en deux camps opposée depuis sa création) qui se mettra aussi de la partie. Malheureusement c'est la moitié pauvre (riche en pensée et en dynamisme, pauvre en ressources) qui y adhérera.

En tout cas, je suis persuadé qu'il faut réfléchir à toutes ces questions en termes de culture plutôt qu'en termes de technologie, économie, politique ou méthodologie d'instruction. Les bonnes pratiques produisent des résultent et convainquent par l'exemple. Mais les bonnes pratiques ne sont pas imposables d'en haut ni émergent spontanément du "wisdom of crowds". Ce sont des initiatives locales pensées avec flexibilité, pratiquées avec doigtée et communiquées grâce aux outils de diffusion qui existent pour la première fois dans l'histoire du monde.

Peter Isackson
jeudi 30 juillet 2009